28 février 2008

Glanage à Colima

L’autre jour, lors d’une petite visite de terrain à Colima, à l’autre bout de la commune de Suchitoto. C’est là où vont travailler les 2 coopérantes de Apoyo Urbano qui viennent ici cette année, Laure et Aurélie. Je suis en train de préparer un peu leur sujet de stage, donc c’est cool, ça me permet de travailler tout en me promenant.



Autrefois, toute la zone de Colima était propriété d’un seul « terrateniente », qui exploitait les populations locales et vivait dans une hacienda magnifique, au bord du fleuve pas encore pollué, sur une petite colline avec vue. L’hacienda existe toujours, voici d’ailleurs ci-dessus un aperçu du panorama dont on peut jouir calé dans un hamac depuis la véranda. Avec la réforme agraire, le propriétaire a été dépossédé de ses terres, et celles-ci sont devenues propriété de la coopérative de Colima nouvellement créée. Ça c’était en 1972.

Par la suite, à la fin des années 1970, après la construction du barrage hydroélectrique sur le fleuve Lempa, la superficie du lac ainsi créé est devenue propriété de l’entreprise productrice d’électricité. Bien sûr, le lac n’a pas un niveau constant au cours de l’année : en saison sèche, une immense surface se découvre ainsi autour de Colima, et devient un grand jardin fertile, où poussent courgettes, tomates, poivrons, maïs, pastèques, haricots, canne à sucre... Les habitants louent alors la terre à la grande entreprise en question pour pouvoir la cultiver (au final, vous noterez que c’est toujours pas ceux qui travaillent la terre qui en sont propriétaires). Et c’est sur ces terres inondables que nous sommes donc allés nous promener hier mardi.


Je vous mets quelques photos du champ de pastèque où j’ai passé un moment très heureux... ! En fait, on est arrivés juste le jour où la récolte se terminait : et ici aussi, le glanage ça existe ! Donc une fois la récolte officiellement terminée, tout ce qui reste dans les champs passe dans le domaine public et peut être ramassé par tout un chacun... des quantités de gens viennent alors à pied, à vélo, à cheval ou en pick-up, pour glaner les pastèques trop petites et qui ne se vendront pas à San Salvador.

Nous étions les premiers sur les lieux, alors je vous dis pas le festin ! En plus de remplir le pick-up, on s’est bien rempli l’estomac... C’est trop bon, quand on a bien chaud au soleil de midi, de ramasser une belle pastèque bien mûre, de l’ouvrir en lui assénant un petit coup de poing sur la tête pour qu’elle s’ouvre en jutant partout, et de plonger les mains et la tête dans la chair rouge et sucrée avec grand plaisir... hihi ! Succulent !







Ci-dessus c'est la fin de la récolte officielle.
Ci-dessous, les glaneurs de la mairie de Suchitoto...





25 février 2008

Don Alejandro

Illustration en image, comme demandé dans les commentaires du message précédent... Voici donc Alejandro Cotto. Hein qu'il a un petit air arrogant, non ?




Je l'ai croisé hier dans la rue, il habite pas loin de chez moi. Il marchait sur le trottoir, boitillant sur sa canne à l'ombre des amandiers , et discutait de violons au bras d'une jeune dame très élégante. Il est hors du temps, ce monsieur. "Suranné" est effectivement un qualificatif qui lui va bien.

Il a dû s'arracher les cheveux samedi soir : alors que c'était le clou du festival, la dernière représentation avant le magnifique feu d'artifice de samedi prochain, alors que le grand Opéra Nacional de México venait à Suchi... de son côté, l'équipe de foot locale, le Brasilia (ils sont pas mauvais, mais le problème, c'est qu'ils ont pas de terrain homologué pour jouer, ils jouent dans la commune voisine... un peu la honte), organisait son bal annuel. Et ici "bal", ça sous-entend des centaines de décibels qui crachent en plein rue du reggaeton (en plus des odeurs de poulet grillé), à deux pâtés de maison du théâtre. Théâtre qui, cela va sans dire, n'est pas du tout isolé acoustiquement parlant... le boom-boom-boom du bal ne collait pas trop avec les la-la-la de l'Opéra...

Aaaah Suchitoto ! ...


18 février 2008

Un peu de culture suchitotense

Ce mois-ci se déroule le 18ème festival d'art et culture de Suchitoto, avec pour scène principale le Teatro de las Ruinas.

Samedi, c'était soirée Castafiore (je dis ça ironiquement, mais c'était bien, vraiment, moi qui suis pas trop sensible d'habitude). Une belle soprano allemande, toute brillante avec sa robe en strass, ses boucles d'oreille et son collier qui scintillaient, pour souligner un très joli sourire et un très très joli décolleté. Un ténor chilien avec une tête marrante, cheveux noirs gominés avec la raie sur le côté, et le petit ventre qui dénonce l'amateur de bonne chère. Et puis pour les accompagner dans leurs jeux vocaux, un très jeune et guindé pianiste bulgare en cravate, avec un pantalon un peu trop long pour lui. Dans l'ensemble, ils formaient un trio très classe, chantant en italien et en allemand des chansons qu'on comprend pas mais qui en imposent. La scène du théâtre, avec ces gens là devant de beaux rideaux dorés et brillants, était magnifique.


Mais le mieux dans l'histoire, c'est pas ça. Il y a un petit plus, dû au contraste entre ce que je viens de vous décrire, que somme toute on pourrait retrouver en n'importe quel coin du globe où il y ait un théâtre, n'est-ce pas... et puis le reste du décor local, vraiment très couleur locale, justement.

Le théâtre de Suchitoto s'appelle le Teatro de las Ruinas, et c'est pas pour rien... :-) Depuis la rue, quand on rentre dans le hall, l'endroit paraît pas trop mal, certes kistch (on est quand même en Amérique Latine), mais bien, propre, carrelé, avec des appliques aux murs, presque meublé. On traverse le hall, pour arriver devant un rideau rouge, qui s'ouvre sur la salle de spectacle en soi... et en fait, à partir de là, paf, rupture : il y avait plus d'argent pour la restauration des ruines en question... la scène est comme un écrin doré entouré d'une quantité de choses, de trucs, de machins plus ou moins gros, genre débarras mal rangé d'un vieux papi bricoleur (Monsieur Sauzeau de "Ici Najac, à vous la terre", par exemple)... le sol est de terre battu, les chaises en plastique blanc, les murs en parpaings gris et nus percés de grandes fenêtres haut-perchées où nichent quelques pigeons, et en guise d'éclairage des guirlandes d'ampoules entre lesquelles volettent de mignonnes petites chauve-souris... Bref, c'est normal, c'est Suchitoto, quoi. Mais loin de lui enlever du charme, je trouve que ce décor permet à un spectacle d'Opéra d'aquérir tout de suite une certaine touche gothique moyenâgeux qui va bien...


Et après le décor physique, le décor vivant vaut lui aussi la peine... Dès l'entrée on trouve, sur les mêmes chaises en plastique blanc, disposées en haie d'honneur, quatre petites mamies toutes vieilles et toutes fripées, avec chacune un petit panier en osier rempli à en déborder de billets de 1 dollar. Ce sont les assistantes de toujours de don Alejandro Cotto, un autre vieux personnage, à grosses lunettes et à canne, que l'on croise en entrant dans le théâtre.

Alejandro Cotto est la légende vivante de Suchitoto, le "Monsieur culture", et quand il parle de culture, il parle exclusivement d'opéra lyrique, d'orchestre symphonique, ou de peinture de grands maîtres européens. Dans sa maison tout au bout du village, une immense propriété avec vue sur le lac et jardins de méditation, il vit retiré, comme une relique vivante qui veillerait sur LA Culture et ferait de Suchi LA Capitale Culturelle du Salvador. Il est le gardien de la culture dans le village, et c'est d'ailleurs pour ça que "todos los pueblos del país deberían tener un Alejandro Cotto" : on devrait tous avoir un Alejandro Cotto chez soi, dit le programme du festival, en première page, avec en fond un magnifique portrait du Monsieur en question crayonné sur un ciel de nuages au soleil couchant.
Je crois en effet qu'il s'aime beaucoup, le Monsieur. Il doit avoir un égo limite surdimensionné. Par exemple, dans le hall d'entrée, parmi les trucs kitsch dont je vous parlais, on trouve notamment un buste en plâtre de don Alejandro, style empereur romain, avec toge et couronne de lauriers... c'est ultra moche, mais ça fait partie du culte à sa personne qu'il aime à entretenir, tout comme le monument en son honneur sur une des places du village, ou bien comme sa maison qu'il a transformée en musée (avec une salle dédiée à lui, ses diplômes, ses récompenses, les photos de ses rencontres avec des grands de ce monde, etc.), ou encore comme le simple fait qu'on bloque le trafic quand il traverse la rue...
Autre exemple : mercredi, dans le cadre du festival que lui même a créé, et continue d'organiser, sera projeté un film, intitulé subtilement "Alejandro", sur sa vie, son oeuvre, "les désirs, les frustrations, le drame, les plaisirs simples et la solitude d'Alejandro Cotto". Un film qui a connu, entre autres, un triomphe à Toulusse (sic) en France, paraît-il selon le programme...

Un très bon personnage pour un documentaire sur Suchitoto !


13 février 2008

Peregrinación y protesta





Vous vous souvenez du 2 juillet l'an dernier à Suchitoto ? Ca avait été pour moi l'occasion de vous présenter Monsieur Tony Saca et sa loi antiterroriste. Eh ben l'histoire n'est pas finie...
Lundi matin partait de Suchitoto une grande marche de protestation pour la libération sans conditions des prisonniers politiques du 2 juillet, qui sont actuellement dans l'attente d'un jugement, en liberté conditionnelle (plus d'infos ici, là, et là). Environ 600 personnes sont parties de Suchi, comme toujours des femmes pour la plupart, ont dormi à Perulapía lundi soir après 9 heures de marche, pour repartir le mardi matin jusqu'à Soyapango, et terminer aujourd'hui au Salvador del Mundo, à San Salvador. Vendredi il y a une audience prévue. Espérons que cette marche pourra porter ses fruits.



Et sinon, pendant ce temps-là, à Suchitoto, les couchers de soleil sur le volcan Guazapa sont toujours aussi appréciables ! Hehe !




01 février 2008

J'adooore la raie !




J'aurai pas cru que c'était aussi bon... pour vrai, hein ! En fait, on avait une petite raie toute fraîche sous la main l'autre jour, pour le repas de "bienvenue de Julien - adieu d'Eva", c'est Koky qui avait ramené ça de la plage. On était un peu perdu, genre "une vraie raie ! noooon !", on savait pas trop que faire avec des ailes de poisson, quoi... Et là, hop, tac, un coup de génie grâce à marmiton, pour une recette magique au vin blanc et à la crème... ça a tout dé-chi-raie !







En plus, avec tous ces gens-là (Eva, Julian, Koky, Tito, Dani, Xochilt, Katy), ça pouvait être que sympa comme soirée.