22 janvier 2007

Dimanche après midi


Jorge est marionnettiste, Raúl est philosophe. Les deux sont des potes à moi. Ils traînent au centre culturel Aztlán (« le lieu d’où nous venons tous »), dans la « onda » de promouvoir la culture Nahua. Je les retrouve là bas ce matin, avec dans l’idée (on était tombé d’accord la veille), de se faire un petit barbec’ avec de la vraie viande bien saignante. Et bah non, raté… La planification à la latino-américaine a encore frappé… La fille qui devait nous montrer où est-ce qu’on peut trouver de la bonne viande par ici n’est pas là… On se rabat vers le restau de tous les jours. La cantine. Et puis un café sur la place du village. A laisser passer le dimanche.

Dans l’après midi, ô joie ! une heureuse perspective d’animation de cette journée : un coup de fil de Elmer. Elmer, c’est le frère du Maire (mon chef). Son truc, c’est les fleurs. Il y en a plein dans sa maison. Sa maison est toute petite, mais comme on dit, c’est très bien arrangé. Très coquet. Dans son salon, il y a quelques œuvres d’art. Dont une sculpture en bois, qui représente le haut des cuisses et la paire de fesses (masculines) qui va avec, d’un noir brillant. Elmer est aussi un mélomane (« ¡Yo no pueeeedo vivir sin música! ») : quand je vais chez lui il me met un disque d’Arielle Dombasle, qui chante en espagnol. Chez lui, la table est toujours mise, avec un grand joli vase au milieu, les petits plats dans les grands, et des verres à pied. Elmer parle beaucoup (« Soy un bocón », une vraie pipelette, comme il le dit lui-même). Elmer est quelque peu efféminé. Le samedi soir c’est toujours la fête chez lui. Il a plein d’amis très « fresas ». Elmer est homosexuel. Un personnage de Suchitoto.

Elmer nous invite, Jorge, Raúl et moi, à venir faire un tour à la « Maison du Sculpteur », où il s’apprête à manger avec des amis à lui. Le sculpteur de la « Maison du Sculpteur » est argentin. Il s’appelle Miguel. Son restaurant ne marche que le dimanche : des grillades à n’en plus finir, 6 types de viandes différentes cuites au feu de bois. Et en plus, la serveuse est jolie. C’est elle qui nous a assis à une table, en nous faisant passer ce petit message, qui fait vraiment plaisir à entendre dans un restaurant où le menu est à 13 dollars… : « Que tomen lo que quieran. Don Elmer les invita ». Allez, hop ! Une petite bouteille de vin chilien à l’ombre du manguier ! Santé !

La table à côté de nous est francophone. Il y a deux français, style bourgeois un peu coincés en voyage : genre polo Lacoste vert, short beige, mince ceinture en cuir, chaussures bateaux, et gros appareil photo en bandoulière. Ce sont des amis de Robert, le québécois qui a traîné ses valises jusque par ici. Robert est un grand costaud, qui se promène en moto dans les rues de Suchi, à « cruiser » les jolies jeunes filles. Robert, moi il me fait penser à un pirate. A Long John Silver de l’île au trésor. Il a ses cheveux blancs attachés derrière la tête en une courte tresse, et il cache sa calvitie sous un béret estampillé Tadoussac. Le pays des baleines. Capitaine au long cours échoué au Salvador après deux années passées dans une communauté autochtone du nord du Québec. L’élément eau est indispensable à sa vie quotidienne, ne serait-ce qu’en décor de fond : ici, il habite dans une gigantesque maison avec vue sur le lac. La cinquantaine, et « le cul bordé de nouilles », comme il dit.

Alors qu’avec Jorge et Raúl nous arrivons au deuxième verre de vin, apparaît dans le restaurant la Sœur Peggy. La Sœur Peggy est irlandaise. Ici, à Suchitoto, tout le monde la connaît, la Hermana Peggy. Elle vit depuis plus de 20 ans dans le coin. La Hermana Peggy s’habille dans un style indéfinissable, pas loin du style hippie : des fringues amples, avec pas mal de couleurs et des dessins genre décolorés à l’eau de javel. Elle est grande, un peu vieille, toute blanche depuis ses grands bras jusqu’à ses cheveux courts, et débordante d’une énergie incroyable. Elle fait plein de choses, et toujours avec le sourire. Elle parle et agit de manière directe, franche, sans mettre de gants, sincèrement. Elle se promène dans Suchitoto au volant d’un gros 4x4 rouge bordeaux, et souvent, elle s’arrête au milieu de la rue, quand elle voit quelqu’un à qui elle veut parler : alors elle baisse la vitre, fait un signe de la main, et sifle le type. Elle est comme ça, la Hermana Peggy, et quand elle te salue, elle t’entoure de ses immeeeenses bras. Elle aime la fête, elle fume des énormes cigares cubains, boit du rhum, et je suis certain que de temps en temps elle se refuse pas un petit pétard. Elle a un chien, une saucisse toute petite, qui s’appelle Enano. Il est un peu comme elle, débordant de vie. Et elle lui parle comme à un super pote, en le vouvoyant (imaginez, avec le petit accent british) : « Enano, où étiez vous donc passé ? Je pensais vous trouver à la maison, et vous voilà à courir les jupons dans la rue ! ». Enano aussi est connu dans le village. La Hermana Peggy, si elle l’avait rencontrée, elle serait pote avec Sœur Marie Thérèse des Batignolles. La Hermana Peggy, elle était dans la guérilla : je l’imagine bien en tenue de camouflage, avec une mitraillette AK47 posée sur sa lourde poitrine. Un autre personnage de Suchitoto.


Et tous ces gens là, et d’autres encore, étaient réunis ce dimanche après midi, à « alegrarse » du cadeau-spectacle fait à Elmer par ses ami(e)s danseurs et danseuses de tango… Voyez la vidéo…

Un moment très sympa !






13 commentaires:

Anonyme a dit…

un beau dimanche culturel à suchitoto!
pourquoi ne prendrais-tu pas quelques cours de tango?...Une occasion pour mettre le pantalon chicos et la chemise qui va avec!!!Il ne te manquerait que les chaussures!
Il me tarde de rencontrer tout ce petit monde.bises

Guy a dit…

quel grand moment de plaisir à te lire, je reviendrai plus tard m'exprimer, là je savoure...
et la vidéo !!! aîe aîe aîe !!! chaud sous les tropiques.
Bisous
Pa

Anonyme a dit…

je me régale et j'adore tout ce que tu me montres.Rémi veut meme revoir la vidéo de la danse!Je suis comme ta mère atention au parapente.Moi qui est le vertige sur un tabouret tu ne me ferais pas prendre l'air de cette façon.bisous et vraiment quel plaisir de te lire. magali

Guy a dit…

Moi qui me faisais du soucis, après avoir vu Suchitito sur les images satellite Google earth, grand comme la moitié de Caumont... putain mais qu'est-ce qu'il va se faire chier là bas. Je n'ai pas osé te raconter l'histoire de David Lowe, chroniqueur anglais au "fou du Roi" qui parlait d'un village d'Angleterre en le situant par rapport à un autre village considéré comme le trou du cul du monde : je cite "eh bien vous voyez ce village c'est 50 km plus profond !".

Aujourd'hui je vois que tu avais raison de suivre tes envies, à lui seul ce dimanche justifierait pratiquement le voyage. Je me suis laissé aller à écouter les rires, la musique, les odeurs, les parfums sont arrivés jusqu'ici.

Robert et les aventuriers, Elmer et ses amis, Peggy et sa saucisse sont parfaits comme personnages de roman, j'espère que tu nous raconteras la suite. Va y avoir du rififi sous les tropiques…

Bisous
Pa

Arno a dit…
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.
Arno a dit…

Ah bah si la grand mère de fafou participe ça fait bien plaisir !!! ;) C'est une vraie grand mère à l'esprit incroyablement ouvert et qui à voyager par procuration bien plus que nous tous... Faut peut être voir la grand mère pour comprendre la fafou... :)


Cette histoire me fait un peu penser à un M. Malaussène au Salvador... En tout cas, les gens doivent se dire qu'un nouveau personnage est arrivé à Suchitoto... (au fait ça veut dire quoi Suchitoto finalement??) Sous l'arbre à palabre à siroter du vin chilien... On te reconnait bien là jacko...

Tu nous manque Jack on pense à toi très fort...
Arno.

Julien a dit…

Hehe, merci pour votre participation...
Dites, c'est quoi cette histoire de Grand mère ?? C'est grace à ta grand mère que les femmes dansent le tango aujourd'hui ??

Suchitoto, c'est littéralement "Oiseau de fleur". Suchi vient de "xochilt", qui veut dire fleur, et qui est aussi un prénom. Et "tutu", bah c'est oiseau.

Anonyme a dit…

En fait la grand-mère de fafou est une personne très cultivée et qui a une connaissance de la géographie parfaite, ce qui explique les voyages par procuration, et notamment le tien que Fafou doit s'empresser de lui raconter. (je dis pas ça pour me faire bien voir ;-p)

Ceci dit,la colloc des arrachés suit avec beaucoup d'attention ton blog et on en parle très souvent.
D'ailleurs on a une annonce a te faire très bientôt!!!
Mais j'attends que tout le monde soit là. Peut-être ce week-end!

Bisous à tous les lecteurs de ce blog et encore plus à ceux qui y participe activement, c'est très plaisant de lire les aventures de Jack avec les commentaires de chacun.
à très vite!

Anonyme a dit…

Mais oui !
Ton récit fait vraiment penser à ces auteurs 'américains latins'(hum...) auxquels je suis si attachée, qui peuplent leurs romans de ces personnages piccaresques et extravagants, tellement particuliers et attachants...
Un mélange entre Gabriel Garcia Marquez, Julio Cortazar, Mario Vargas Llosa, Luis Sepulveda...
La description sera complète si tu décrit des femmes qui écoutent et pleurent ensemble en écoutant les feuilletons radiophoniques... ou des hommes qui attendent le long d'un fleuve bouillonnant, fascinés par les flots et les troncs qu'il charrie
Euh... mais là, j'exagère peut-être un peu dans l'imagination et la représentation ...

Je pense que la grand-mère de Fafou lui a expliqué juste les origines du tango, dans les bas-fonds du barrio La Boca à Buenos Aires, traversés par ces hommes désoeuvrés qui traînent dans tous les ports du monde...

Un baiser sonore monsieur Rrrrulian...


PS : il faudra mettre au point sur quand est-ce que je peux venir te voir cet été...

Julien a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Julien a dit…

Audrey !! C'est quoi l'annonce, c'est quoi l'annonce ???!!
C'est l'arrivée d'un nouveau coloc ?? Je sais déjà que Miguelito le robot malin est arrivé... (c'est Jara qui m'a dit-euh!)... il y a d'autres nouveaux amis ??

Eve, merci pour la comparaison, même si j'assume pas vraiment... Pour les femmes qui pleurent, c'était un peu comme ça dans la maison pendant les vacances de noel, quand il y avait la cousine et la tante... sauf qu'aujourd'hui, c'est plus la radio qu'elles écoutent, c'est des séries coréennes mielleuses avec des acteurs super nuls... :-)

Tu viens quand tu veux, je t'attends avec un hamac ! Et de toutes facon j'ai pas de vacances en juillet-aout ! Donc peu importe quand, il suffit que tu viennes !

Bises à tous.

Anonyme a dit…

Salut Jaquot

la grande nouvelle, essaye d'imaginer le plus bel évènement qui puisse t'arriver....

le 15 février, ton portait géant va être exhibé à des milliers de personnes, dans un cadre inoubliable de franchise et de sympathie entre les peuples....

c'est une soirée inoubliable qui se prépare, sous nos yeux médusés...

en effet, c'est dans moins de 3 semaines que nous allons participer à l'évènement le plus extraordinaire

Bref ON VA VOIR GROUNDATION au transbo, et on pensera bien à toi

Por la careterra y por la calle tambien

surtout pour ta santé et celles de tes alcoolytes, n'oublie pas tes bitamines.

Julien a dit…

Salauuuuud !!

Ca déchiiiiiiire !!!!!

Je penserai à vous le 14 au soir, quand je serai au bord de la plage... Faites des photos !!

Bises à tous, chers alcoolytes (c'est cool ce mot ! ça vous va bien...)