03 juillet 2006

Sacrée Maria

J’ai pris l’habitude de photographier les gens que j’interviewe. Ca me fait un souvenir, et, à l’occasion, une jolie photo. Et puis j’offre la photo développée à l’interviewé, c’est une manière de remercier de m’avoir offert un peu de son temps en m’accordant un entretien.

Il y a un moment de ça, j’avais fait un entretien avec doña Maria, vivant à La Esquina, un des villages où je travaille, assez isolé, vivant d’élevage, et où le peu de personnes qui restent parlent essentiellement quechua. Maria, c’est la vieille dame du village, ses fils sont partis en Argentine, elle vit toute seule en élevant ses lamas. Elle est très bavarde et rigolote. La première fois que je suis venu au village, elle m’a proposé de lui acheter un lama ou deux histoire de l’aider un peu… La vie est difficile ici.

Cet entretien avec doña Maria était un peu particulier : c’était le premier réalisé en quechua, avec l’aide de la maîtresse d’école, Eva, comme traductrice. La langue des incas sonne décidément très joliment… A la fin de l’entretien, je prends ma photo. J’en fais même plusieurs, pour essayer d’en avoir une un peu « naturelle » et pas « pose photo crispée ». Résultat : il en sort une pas mal du tout, avec un sourire magnifique, que je m’empresse d’aller faire développer pour pouvoir l’offrir à Maria…



Quelques semaines passent.

Ce vendredi, je vais à La Esquina pour prendre un rendez vous, et j’en profite pour passer voir Maria et lui remettre cette photo. Et voir sa réaction.

« Cochino » est le seul mot que j’ai réussi à comprendre… elle le prononçait en désignant son chapeau et sa tenue… Traduction : dégoûtant… Puis elle me montrait ses oreilles, qui paraissaient ne pas lui plaire non plus… J’ai aussi compris « ¡Botala! »… Traduction : jette-moi ça ! … en parlant de la photo. Bref, cette image d’elle ne lui a pas plu du tout, elle parlait beaucoup et se prenait la tête dans les mains en la regardant… Ah ben mince alors, moi qui la trouvais bien… Par gestes, je comprends rapidement que Maria veut qu’on la refasse, cette photo qui ne vaut pas un clou…


Elle rentre vivement dans sa maison, toute animée d’une énergie communicative, et en ressort bien vite… : avec un autre chapeau, tout neuf, une « mantilla » (sorte de grande écharpe que les femmes se jettent sur les épaules) toute propre, de couleur vive, et des boucles d’oreilles… C’était donc ça qui manquait la fois précédente ! Les boucles d’oreille… J’ai alors droit à une petite séance de coquetterie féminine… de la part d’une vieille dame comme elle, c’est attendrissant. Elle commence par se retourner, pour ne pas que je la regarde s’arranger… D’ailleurs, j’ai pas eu le droit de prendre de photo avant qu’elle ne soit prête pour prendre la pose… Ah ça, non ! Quand elle voyait l’appareil photo se braquer sur elle, un « noooo ! » retentissant se faisait entendre… (M’en fous, j’ai quand même réussi à en faire quelques unes en cachette… Hehe…). J’ai tout de même eu le privilège de lui passer ses boucles d’oreille…











Et tout ça pour, après plusieurs poses qui ne lui convenaient pas, cette ultime photo… qui j’espère lui plaira !




Sacrée Maria.

6 commentaires:

Guy a dit…

les deux photos où Maria se prépare (les plus petites)sont remarquables... L'ambiance, l'altitude, les parfums où les odeurs... le chaud et le froid au même endroit. J'aime beaucoup.
Et ce désir d'être la mieux possible sur la photo...
encore des histoires comme celle là !
A bientôt Julien

Julien a dit…

j'en ai une autre, j'en ai une autre !

C'est l'histoire du peintre de Tarapaya... qui m'a fait penser a celui d'Espigoule, dans le film... hehe... un amoureux de la nature qui ne peut pas donner un coup de pinceau si sa toile n'est pas éclairée par le soleil...

Mais j'ai pas encore eu le temps ni le courage d'écrire son histoire... Un de ces jours.

Julien a dit…

j'ai recadré et retouché un peu la premiere des 2 petites photos... c'est mieux !

Anonyme a dit…

Je pense que celle-là elle va l'aimer!
Elle pourra l'exposer sur une étagère; j'adore ses mains pleines de bagues sur son tablier plein de taches...Il lui manque le sourire de la première photo, celle qu'elle a déchirée.
Est-ce qu'elle vit seule?

Anonyme a dit…

Je pense que celle-là elle va l'aimer!
Elle pourra l'exposer sur une étagère; j'adore ses mains pleines de bagues sur son tablier plein de taches...Il lui manque le sourire de la première photo, celle qu'elle a déchirée.
Est-ce qu'elle vit seule?

Julien a dit…

et oui elle vit toute seule... tu ne lis pas attentivement ce que j'écris, maman... ;-)